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| Le Japon des années 2005-2010 se veut le pionnier de la société Ubiquitous Riyako Suketomo (article paru dans Mobilités.net en octobre 2004) C’est aujourd’hui un lieu commun de citer l’exemple japonais dès qu’il est question de mobilité. Certes, le marché pionnier de l’Internet mobile - avec ses 70 millions d’utilisateurs et 3 opérateurs qui proposent des services 3G, dont le premier au monde lancé en 2001 par NTT DoCoMo – suscite à juste titre l’intérêt. Cependant, ce succès de l’Internet mobile au Japon pourrait n’être que la partie émergée d’un iceberg, celui de la société Ubiquitous en devenir. C’est que le Japon est le pays le plus développé concernant l’accès Internet à haut débit dans le monde, avec 10 millions de foyers connectés par ADSL et 1 million de foyers connectés par fibre optique à 100 Mbps, à la fin février 2004. Pas de rapport avec la mobilité ? Détrompez-vous. Imaginez ce que la convergence de l’Internet mobile et de l’Internet à haut débit apporterait. Vous serez littéralement connectés partout, quand vous voudrez, dans un environnement qualifié d’Ubiquitous. Au cours des premières années de la décennie 2000, le Japon a affirmé son leadership dans les principales technologies susceptibles de fonder la société Ubiquitous. Celles-ci - 3G, haut et très haut débit, IPv6 (Internet protocol version 6), étiquettes RFID (Radio Frequency Identification), voire les robots - sont déjà sur le marché et en passe d’être largement répandues. A noter que, pour les années à venir, évoquer la 4G parait prématuré. Même au Japon, une 4G ne devrait pas apparaître avant 2010. Nous assisterons plutôt à une convergence progressive des réseaux fixes et mobiles, qui bénéficiera du savoir-faire des japonais en matière d’électronique grand public. |
La propagation explosive des connexions Internet à haut débit depuis 2002 permet enfin au Japon de développer des applications couplant Internet fixe et mobile. Il faut dire que le cas japonais de la popularisation de l’Internet mobile avant les connexions filaires représentait une exception mondiale. Du coup, l’Internet mobile, depuis 1999, a développé sa propre culture et son écosystème, pendant que l’Internet fixe stagnait. Autrement dit, les connexions filaires n’étaient pas suffisamment propagées dans les foyers et les entreprises afin de réaliser une société Ubiquitous. Aujourd’hui, cet obstacle est levé et l’Ubiquité frappe à la porte de la société japonaise, avec le téléphone portable comme dispositif central de cette société. Un téléphone mobile japonais actuel a autant de capacité de calcul qu’une console de jeux il y a 10 ans, soit l’équivalant de la première PlayStation. Il ne s’agit plus d’un simple outil de télécommunication pour l’extérieur. Il est devenu un objet plus important que les clés de la maison pour les Japonais. En plus des communications vocales et par e-mail, 2 types d’usages se distinguent pour les mobiles sur l’archipel : la consultation de contenu numérique, et le rôle de télécommande pour d’autres dispositifs. Nous n’aborderons pas ici le succès des fonctions multimédias des mobiles, comme les photo-téléphones ou les sonneries musicales. Parlons plutôt de l’association du mobile avec d’autres technologies. La fonction GPS intégré dans le mobile permet aux piétons de se laisser guider facilement dans un endroit inconnu (NDLR : les rues au Japon ne portent pas de nom, et il est très difficile de se repérer dans un endroit précis sans connaître la ville). Le service de l’opérateur KDDI, EZnavi Walk réalise ce " navigateur piéton " sur certains des modèles de son enseigne "au". Non seulement le propriétaire du mobile peut se situer à tout moment grâce à la carte affichée sur son portable, mais des signaux comme une vibration peuvent lui indiquer à quel carrefour et dans quelle direction tourner. Autre nouvel arrivé sur les mobiles, les codes barre QR, qui peuvent contenir plus d’informations qu’un code barre classique, font office, une fois téléchargés et affichés sur l’écran du portable, de carte de fidélité dans une boutique ou de ticket d’entrée lors d’un événement. Enfin, en utilisant l’appareil photo du portable comme lecteur de code barre QR, il est possible d’accéder directement à une page web précise. Ici, un lien entre contenu numérique et support papier peut être facilement créé. Pour développer toujours plus de nouveaux usages des mobiles, comme la carte de transport intégrée, un téléphone portable intégrant une carte à puce sans contact sortira au Japon en été 2004. Son arrivée facilitera et accentuera encore plus les échanges de valeurs numériques et de marchandises réelles. Le deuxième type d’usages, la télécommande d’autres dispositifs, signifie qu’une personne peut se servir de son téléphone mobile pour manipuler des appareils, connectés ou non, et à courte ou longue distance. Pour commencer, certains modèles de NTT DoCoMo équipé d’un port infra rouge peuvent déjà servir de télécommande pour téléviseur. Dans certaines banques, il est aussi possible de retirer de l’argent liquide au distributeur automatique avec un téléphone portable équipé d’un port infra rouge. Ce nouvel usage du mobile, la télécommande d’autres dispositifs, le conduit naturellement à exploiter l’Internet pour contrôler à distance des appareils connectables. Compte tenu de l’importance de l’industrie électronique grand public du Japon, il n’est pas difficile pour les Japonais de combiner la technologie de télécommunication IP et les produits électroniques. Pour surveiller la maison, l’utilisateur peut consulter à tout moment, à partir de son téléphone portable, des images captées par une web cam. Un dispositif pour donner à manger à son chien à distance est même déjà commercialisé. Est-ce que d’autres objets seront connectés au réseau au Japon ? Actuellement, l’archipel connaît un boom des nouveaux produits électroniques, tels des enregistreurs vidéo avec disque dur de quelques centaines de gigaoctets, téléviseur plat de grande taille, etc. Les derniers produits audiovisuels sont souvent équipés d’une fonction de télécommunication afin de les connecter au réseau. La tendance des produits électroniques connectables ne se limite pas au seul domaine audiovisuel. Les principaux fabricants japonais de produits électroménagers ont déjà sorti un réfrigérateur ou une machine à laver connectable. Tous ces dispositifs et services sont maintenant une réalité au Japon. C’est grâce à la propagation des connexions à haut débit dans les foyers et au formidable succès de l’Internet mobile. Cependant, l’extension massive du nombre de dispositifs connectés dans une société Ubiquitous pose des problèmes techniques, dont l’espace d’adressage IP. La réponse se nomme IPv6. Le Japon est un pays très zélé pour la recherche et la mise en pratique d’IPv6, comme d’autres pays asiatiques. Le pays du Soleil levant a terminé la mise en place des infrastructures IPv6, et les acteurs sont en phase de déploiement des applications. M.SADATA Hiroaki, de NTT Communications, affirme que "les acteurs attendent la réaction du marché et le bon moment pour le lancement". |
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Autre élément de la société Ubiquitous, où tout se connecte de partout, l’automobile devient un dispositif mobile connecté. Le consortium pour les systèmes de transport intelligent au Japon, ITS Japan, juge comme évident que tous ses tests d’échanges de données avec des automobiles utilisent désormais IPv6. Pour l’instant, le consortium cherche le moyen de télécommunication le mieux adapté aux véhicules, en testant les réseaux de téléphonie mobile, WLAN public ou la technologie DSRC. Les véhicules du futur seront équipés d’un serveur qui collectera toutes les données sur l’état du véhicule, ainsi que d’un module de télécommunication qui choisira le réseau le plus pertinent en fonction de l’état de la connexion. A ce propos, il ne faudra pas rater les démonstrations qui auront lieu lors du congrès international des ITS, en octobre 2004 à Nagoya, et à l’Expo Universelle de Aichi en 2005. La dernière innovation japonaise, le robot d’accompagnement, s’annonce comme un secteur très porteur pour l’industrie de l’archipel. Grâce à son autonomie, à la reconnaissance vocale et faciale, le robot, connecté en permanence au réseau, pourrait devenir un nouveau type d’interface dans la société Ubiquitous. Le marché des robots de la prochaine génération est estimé de 7 200 milliards de yens (54,7 milliards d’euros) en 2025 par le ministère de l’Industrie et de l’Economie japonais. La société japonaise aura besoin des robots, pour faire face à la baisse de sa population active et au vieillissement de la société, à l’insécurité, et à un gain de temps libre pour les personnes. De plus, l’époque Ubiquitous nécessitera un nouveau type d’interface pour relier au réseau des personnes isolées, surtout les personnes âgées et handicapées. A la place d’un clavier et d’une souri, le visage amusant d’un robot écoutera l’utilisateur et réalisera les tâches demandées, de façon autonome. Bien sûr, les robots seront connectés. Une tentative industrielle pour la liaison robot – réseau est déjà entamée au Japon. En mars 2004, la deuxième version du Robodex Forum a eu lieu à Tokyo. La une de cet événement a été la fondation d’un consortium pour développer un protocole de télécommunication commun pour les robots, le Robot Service Initiative (RSi). Ainsi des robots de différents constructeurs tels Qrio (Sony) et Wakamaru (Mitsubishi Heavy Industries) seront capables de recevoir un ordre à travers le même protocole. Ils pourront aussi bien contrôler les différents dispositifs de la maison qu’être commandés à distance via le téléphone mobile du propriétaire. Robots, automobiles connectées, téléphones portables intégrant de multiples fonctions, la révolution Ubiquitous, celle d’un monde où tout est connecté, est déjà en marche au Japon. L’arrivée de ce monde s’appuie sur la convergence des réseaux fixes et mobiles. L’Ubiquité s’installe doucement dans la société, et verra les réseaux pénétrer tous les espaces de la vie quotidienne. De ce point de vue, le Japon fait figure de pionnier. Riyako Suketomo - octobre 2004 |
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